5ème journée nationale des sociétés de coordination
Seul événement dédié spécifiquement aux sociétés de coordination, cette 5ème journée nationale, qui s'est tenue le jeudi 15 octobre 2026 à Paris, était placée sous le thème « Coopération et/ou intégration ? ».
Introduite par Jean-Christophe Margelidon, directeur général adjoint de la FOPH, et animée par Louise Briet, directrice générale du cabinet Cellance, cette rencontre a permis aux acteurs du logement social, dirigeants et partenaires institutionnels, de partager leurs retours d’expérience et leurs réflexions stratégiques autour des dynamiques d’intégration, de la création de valeur et des nouveaux outils de pilotage.
“80 % du parc HLM appartient aujourd’hui à des organismes intégrés à un groupe. Face à la diversification et à la complexité croissante de leurs missions, les sociétés de coordination permettent aux organismes de mutualiser leurs compétences et leurs moyens, tout en restant ancrés dans leurs territoires et maîtres de leurs orientations.”
Jean-Christophe Margelidon, directeur général adjoint de la FOPH
La gouvernance et l’intégration de nouveaux acteurs au sein des sociétés de coordination
Les échanges de la matinée ont permis d'explorer la manière dont se forge et s'incarne la culture de groupe au sein des sociétés de coordination, en interrogeant deux enjeux fondamentaux.
Le premier volet a abordé l’organisation interne et les modalités d’animation des sociétés de coordination. S'interrogeant sur les moyens dédiés, le rythme et l’efficacité des instances dirigeantes, Marion Bazaille-Manchès (directrice générale adjointe du Groupe Deux Fleuves), Samuel Carpentier (membre du directoire de la SC Amplitude) et Karine Bousquail (directrice générale de l’OPH du Gers) ont souligné que si la structuration des échanges garantit le bon fonctionnement du groupe, elle met aussi en lumière les limites opérationnelles et managériales de ces dispositifs.
Pour impliquer les élus dans les décisions stratégiques, Amplitudes et HASSO ont mis en place une conférence des présidents. De son côté, le Groupe Deux Fleuves organise une convention annuelle des administrateurs de chaque organisme, dédiée à ces enjeux. Enfin, le recrutement récent d’un chargé de mission commun à Amplitude et HASSO illustre aussi l’importance des moyens humains consacrés à la coordination.
La seconde séquence s’est intéressée aux conditions d'accueil et d'intégration d'un nouvel acteur au sein d'une société de coordination existante. En analysant les modèles allant de l’intégration complète à l'approche à la carte, Marion Bazaille-Manchès (directrice générale adjointe du Groupe Deux Fleuves), Jacques Chambaud (membre du directoire d’Idelians) et Julien Paul (directeur général d’Habitat Réuni) ont rappelé que la réussite de l'élargissement repose avant tout sur le partage préalable de valeurs communes, tout en trouvant un juste équilibre entre le positionnement des membres fondateurs et la prise en compte des attentes spécifiques du nouveau venu. Pour l’essentiel, un organisme choisit d’intégrer une société de coordination afin de rester maître de son destin, tout en bénéficiant de la force du groupe.
Mutualisation innovante : solidarité financière, IA et nouveaux services
L’après-midi s'est ouvert sur une présentation d'initiatives innovantes illustrant la solidarité concrète à l'échelle des groupements. À cet égard, Denis Janaud (directeur général délégué de HASSO) et Julien Paul (directeur général d’Habitat Réuni) ont montré que la société de coordination ne se limite plus à un simple cadre de mutualisation, mais qu'elle devient un véritable espace de solidarité financière inter-membres, matérialisé par l'organisation des flux financiers et l'avance de trésorerie au bénéfice des structures qui en ont le besoin. Cela permet en outre de moins dépendre du secteur bancaire.
D'autres démarches novatrices ont également été mises en avant. C'est le cas de l’approche mutualisée autour de l’Intelligence Artificielle développée par Lisa Levallois (chargée de mission chez Scéréa) afin de répondre collectivement aux défis technologiques et éthiques de l’IA en termes d’implémentation auprès de tous les collaborateurs. De son côté, Arnaud Vilain (directeur de la clientèle et de la proximité de la SC Althi), s'est saisi de la compétence de syndic de copropriété à l'échelle du groupe pour gérer 33 mandats de syndic et 1 000 lots fin 2026, 57 mandats et 1930 lots fin 2027 en tirant parti des effets d'échelle et de la professionnalisation accrue des collaborateurs. C’est également une manière de préserver une réelle qualité de service à l’échelle des collectifs et de prévenir la constitution de copropriétés fragiles.
Julien Paul (directeur général d’Habitat Réuni) a souligné l’intérêt du développement de projets transversaux à l’échelle de la société de coordination, à l'image du projet « ACT pas à pas », qui réunit 18 organismes membres, ou encore de la réponse commune à un appel d’offres de la FNADVL consacré aux jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance. Autant d’initiatives fructueuses impulsées par la société de coordination, qui illustrent sa capacité à fédérer ses membres autour d’enjeux partagés.
Le DIS Groupe : un nouvel outil de pilotage et de transparence pour la FOPH
Benjamin Cense, directeur du pôle expertise financière et système d’information de la FOPH, a présenté le DIS Groupe (Document d'Information Synthétique), un outil élaboré pour l'année 2024 à la suite d'une décision du Comité Fédéral d’Autocontrôle de juin 2024.
À ce jour, la France compte 56 sociétés de coordination constituées, dont 44 comportent au moins un OPH. Pour l'exercice 2024, la Fédération des Offices réalise le DIS Groupe de 17 sociétés de coordination lui ayant donné l'accès à la plateforme Harmonia. Élaboré sur la base des comptes combinés et individuels déclarés, cet outil apporte une vision synthétique et enrichie de données non financières permettant aux adhérents de se comparer entre eux, tout en offrant aux tiers une vision globale de la situation financière pour la prévention des difficultés.
Mesurer et générer de la valeur ajoutée au sein des sociétés de coordination
Lors de la dernière séquence, ce DIS Groupe conçu par les équipes financières de la FOPH a servi de point de départ pour réinterroger le pilotage financier consolidé et la comparaison homogène entre structures. Cependant, si cet outil constitue une condition nécessaire, il n'est pas suffisant à lui seul pour créer de la valeur. Il doit également permettre à terme de se comparer entre groupes à partir de données pertinentes et homogénéisées. Cet outil a fait l’objet d’un débat nourri au sein de la table ronde : pas simplement un outil de prévention, mais également un outil de montée en expertise au sein même de la société de coordination. Pour devenir un véritable outil de pilotage, ce DIS doit s’enrichir de données relatives à la réalité de la soutenabilité financière entre membres au sein de la société de coordination, mais également de données extra financières et de données prospectives. Il a également été question de la pertinence des ratios de performance. Idelians et le Groupe Deux Fleuves en développent pour mesurer la valeur ajoutée de l’intervention de la SC. Un exemple apporté par Idelians, la mutualisation des achats permet d’économiser 900 000 euros à un organisme de 3 000 logements. En tout état de cause, le débat continue sur ces indicateurs, et sur la valeur ajoutée de la SC.
À travers les retours d'expérience partagés par Christophe Bérion (membre du directoire d’IDELIANS) et Marion Bazaille-Manchès (directrice générale adjointe du Groupe Deux Fleuves), l'accent a été mis sur la valeur ajoutée spécifique générée par la société de coordination pour ses membres. Serge Bossini (directeur général de l’Ancols) et Emmanuel Rousselot (directeur général de la CGLLS) sont intervenus pour apporter le regard éclairé des régulateurs et des tutelles sur la maturité des sociétés de coordination et les perspectives d'accompagnement de l'ensemble du secteur, aux côtés de Laurent Goyard (directeur général de la FOPH).
Un seuil a été franchit en termes de compétences exercées. On commence à avoir les retours sur investissements des efforts engagés. En outre, et c’est essentiel pour les Offices, l’implication constatée des élus sous ses différentes expressions est un signe positif. Enfin, pour ce qui concerne le DIS Groupe, la Fédération va proposer à chaque SC membre, une forme de contractualisation permettant d’approfondir le modèle actuel.
Laurent Goyard, directeur général de la FOPH
En conclusion de cette 5ème journée nationale des sociétés de coordination, Laurent Goyard est intervenu pour synthétiser les grands enseignements de la journée et tracer les perspectives stratégiques des sociétés de coordination.
"La société de coordination fait partie du décor et elle est désormais irremplaçable. Ce à quoi les pouvoirs publics sont attentifs, ce n’est pas au seuil de regroupement qui n’est pas l’élément essentiel, mais bien à sa capacité à mutualiser et à augmenter la performance.
Ce sur quoi, vous êtes attendus et ce sur quoi vous êtes évalués, c’est votre capacité à créer des synergies et à faire des choses que vous ne pourriez faire si vous étiez resté isolés.
Donc les sociétés de coordination en tant que telles ne sont pas menacées, mais celles qui sont purement et simplement défensives vont se trouver en difficulté.
La FOPH est attachée à vous proposer des outils qui vous permettront d’avancer. Le DIS groupe est l’un d’entre eux. Utilisez-le ! Cela veut dire, laissez-nous accéder à vos données. Ce que la FOPH vous propose, c’est un cadre contractuel à définir avec chaque SC qui permette en confiance et de manière transparente de définir une méthode de travail permettant d’accéder à vos données sur une base pluriannuelle pour vous permettre de disposer en retour d’un outil encore plus pertinent et utile.
Nous comptons sur les pouvoirs publics pour nous faire confiance et ne pas nous contraindre inutilement."
Laurent Goyard, directeur général de la FOPH