L’actualité du logement social vue par les présidentes et présidents des fédérations
Michel Ménard appelle à inscrire la politique du logement dans le temps long. Lors de la plénière des présidentes et présidents de fédérations, Michel Ménard a porté les positions de la Fédération sur la situation du logement social et les choix à engager pour les prochaines années. Le président de la Fédération a notamment défendu une politique fondée sur les besoins, la stabilité des financements et la capacité d’action des territoires.
Le moment politique actuel
Michel Ménard a d’abord reconnu les inflexions intervenues depuis 2025. La baisse de la RLS a redonné des marges de manœuvre aux organismes et les agréments obtenus par les Offices ont progressé de plus de 20 % en un an. Dans un contexte où la construction privée demeure fortement dégradée, le logement social contribue ainsi à maintenir des opérations, des investissements et de l’emploi dans les territoires.
Ces évolutions ne constituent toutefois pas encore une politique d’ensemble. Produire et réhabiliter suppose de garantir aux organismes un environnement financier, fiscal et réglementaire suffisamment stable pour programmer leurs investissements.
La Fédération soutient le projet de loi Logement, principalement parce qu’il ouvre la voie à ANRU 3. Ce nouveau programme devra poursuivre la transformation des quartiers populaires, intégrer l’adaptation au changement climatique et bénéficier d’un financement auquel l’État prendra toute sa part.
La territorialisation de la politique du logement doit également s’accompagner de moyens effectifs et rester inscrite dans des garanties nationales fortes. La Fédération demeure par ailleurs opposée à l’instauration d’un pouvoir discrétionnaire des maires dans les attributions, qui doivent rester collégiales, transparentes et non discriminatoires.
Concernant le PLF 2027, Michel Ménard a appelé à poursuivre la baisse de la RLS et à restaurer durablement les capacités d’investissement des organismes. Il a également alerté sur les scénarios étudiés dans le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD). La fiscalisation des activités relevant du service d’intérêt économique général, la hausse de la TVA sur les logements les plus sociaux et certains travaux, ou encore l’accélération des ventes modifieraient profondément le modèle de financement du logement social.
Le président de la Fédération a enfin appelé à regarder conjointement ce que le logement reçoit et ce qu’il apporte à la collectivité. En 2025, les aides au logement représentaient 45,9 milliards d’euros, tandis que les prélèvements liés au logement atteignaient 103,4 milliards d’euros, dont plus de 50 milliards pour l’État. Une économie budgétaire immédiate ne constitue pas nécessairement une économie durable lorsqu’elle conduit à reporter des constructions ou des réhabilitations.
Habiter 2032 Pour un quinquennat utile
Avec 3 millions de demandes de logement social actives en 2025 pour près de 394 000 attributions, Michel Ménard a appelé à repartir de la réalité des besoins. Le Mouvement Hlm porte l’objectif de construire 150 000 logements sociaux par an, soit 750 000 au cours du prochain quinquennat.
Cette ambition ne pourra être atteinte si la production continue de dépendre des seuls arbitrages budgétaires annuels. Michel Ménard a ainsi renouvelé sa proposition d’une loi de programmation pluriannuelle pour le logement, permettant de mettre en cohérence les objectifs de production et de rénovation, les financements nécessaires et les engagements respectifs de l’État, des collectivités et des organismes.
"En 2032, l’utilité du quinquennat se jugera à des résultats concrets : aurons-nous produit à la hauteur des besoins, adapté le parc au changement climatique et fait du droit au logement une réalité ? Pour y parvenir, nous avons besoin d’une loi de programmation pluriannuelle pour le logement, qui donne de la visibilité à tous ceux qui investissent et agissent dans le temps long."
Le prochain quinquennat devra également faire de l’adaptation du parc au changement climatique une priorité nationale. L’étude conduite par la Fédération avec la Banque des Territoires montre que 64 % des logements analysés sont déjà fortement exposés aux vagues de chaleur. Elle a également permis aux organismes participants de disposer d’une cartographie de leur patrimoine et d’outils pour identifier les bâtiments les plus vulnérables, hiérarchiser leurs priorités et programmer leurs interventions.
La multiplication des épisodes caniculaires rappelle que cette vulnérabilité affecte dès aujourd’hui les conditions de vie des habitants. La rénovation ne peut donc plus être pensée sous le seul angle des consommations énergétiques et du confort d’hiver : elle doit aussi permettre de protéger les habitants contre la chaleur et d’adapter le patrimoine aux risques climatiques. L’Union sociale pour l’habitat estime qu’au moins 8 milliards d’euros devront être mobilisés pour adapter le parc social aux canicules d’ici à 2034.
Un quinquennat utile devra enfin avoir replacé le droit au logement au fondement du pacte social. Sans logement stable, digne et abordable, il est beaucoup plus difficile de travailler, d’étudier, de se soigner, d’élever ses enfants ou de vieillir dans de bonnes conditions.
Cette responsabilité incombe d’abord à la puissance publique, mais elle engage également les bailleurs sociaux à préparer leur avenir. C’est le sens de la démarche Habiter 2040 | Co-construire 2027, conduite par la Fédération pour anticiper les transformations de la société et déterminer comment les Offices devront évoluer afin de continuer à remplir leur mission. Cette réflexion est également nourrie par le travail de recherche mené avec Matthieu Gimat sur les transformations, les fragilités et les capacités de résilience du modèle des Offices.
Les élections présidentielle et législatives de 2027
À l’approche des prochaines échéances nationales, Michel Ménard a appelé le Mouvement Hlm à contribuer à un débat politique de fond sur le logement et à obtenir des candidates et des candidats des engagements clairs, financés et évaluables.
Il a également rappelé la nécessité de défendre les principes républicains qui fondent le logement social. L’application de la préférence nationale ne créerait aucun logement supplémentaire : elle ferait porter la pénurie sur certains demandeurs en raison de leur nationalité et remettrait en cause l’égalité d’accès, la non-discrimination et le modèle généraliste.
Une décision pour 2032
Invité à retenir une seule décision pour le prochain quinquennat, Michel Ménard a défendu l’adoption, dès son commencement, d’une loi de programmation pluriannuelle pour le logement.
Construite à partir des besoins de chaque territoire, celle-ci fixerait une trajectoire de production, de rénovation et d’adaptation, sécuriserait les financements correspondants et préciserait les engagements de l’État, des collectivités et des organismes.
Elle donnerait ainsi de la continuité à l’ensemble des priorités portées par la Fédération et la visibilité nécessaire aux acteurs qui investissent dans le temps long.
« Nous avons les moyens de relever les défis, à condition de construire un projet collectif, partagé et solidaire. La première responsabilité de la présidente ou du président de la République doit être de protéger l’ensemble de nos concitoyens. Et dans le domaine du logement, protéger, c’est d’abord offrir un toit à chacune et à chacun. »