Le logement social public : un modèle qui protège, fidèle aux territoires
À l’occasion du 86e Congrès Hlm à Bordeaux, la Fédération des Offices Publics de l’Habitat et la revue Esprit ont réuni Thomas Cazenave, maire de Bordeaux, président de Bordeaux Métropole et président d’Aquitanis, et Michel Ménard, président de la Fédération et du conseil départemental de Loire-Atlantique, pour une conversation consacrée à la place du logement social public dans les territoires.
Animé par Anne-Lorraine Bujon, directrice de la revue Esprit, cet échange a permis de croiser leurs expériences d’élus locaux et leur regard sur les politiques nationales du logement, autour d’une même question : que permet aujourd’hui le logement social public aux territoires et comment préserver cette capacité d’action dans le temps ?
Le logement social public, une capacité d’action au service des territoires
Emploi, vieillissement, santé, adaptation au changement climatique, renouvellement urbain, mixité sociale : les échanges ont d’abord rappelé combien la question du logement dépasse la seule politique de l’habitat.
Par leur ancrage territorial, leur gouvernance publique, leur proximité avec les habitants et la pérennité de leur patrimoine, les Offices permettent aux collectivités d’inscrire leurs politiques dans la durée et d’accompagner les transformations sociales, économiques, démographiques et climatiques de leur territoire.
Thomas Cazenave est notamment revenu sur l’exemple de l’Office Aquitanis.
« Aquitanis est un levier opérationnel essentiel au service du projet métropolitain.
Présider Aquitanis me permet de mettre en cohérence la stratégie du bailleur avec le projet urbain métropolitain. »
Thomas Cazenave
"Disposer d’un bailleur social public permet d’accompagner les politiques publiques. Le bailleur public agit là où plus personne ne veut aller."
Michel Ménard
Le patrimoine, une capacité d’action pour demain
La conversation a également porté sur la vente du patrimoine social et sur la manière dont elle doit être appréciée dans un contexte de crise du logement, de forte demande et de raréfaction du foncier.
Si la vente peut trouver sa place dans une stratégie patrimoniale ou favoriser certains parcours d’accession sociale, les échanges ont invité à dépasser la seule recette immédiate d’une cession pour en mesurer les conséquences dans la durée : sur l’offre disponible, sur le patrimoine et sur les capacités futures d’investissement et d’action des organismes.
« La maîtrise publique du foncier est un enjeu essentiel pour toute la chaîne du logement. La vente peut accompagner des parcours d’accession sociale, mais elle ne peut pas tenir lieu de politique du logement. Le BRS nous permet justement de concilier accession à la propriété et maintien, dans le temps, d’une offre abordable. »
Michel Ménard
"La vente se justifie comme outil pragmatique dans l’accompagnement d’un parcours de vie. Au niveau local, c’est un levier utile qu’il ne faut pas hésiter à activer."
Thomas Cazenave
Du local au national, construire une politique du logement dans la durée
À l’approche des échéances de 2027, la discussion a enfin interrogé l’articulation entre la diversité des réalités territoriales et la nécessité d’une ambition nationale pour le logement.
Donner davantage de capacités d’action aux territoires ne signifie pas renoncer à un cadre commun. L’État conserve un rôle essentiel pour garantir l’égalité d’accès au logement, la non-discrimination, la mixité sociale et la solidarité entre les territoires.
"Il faut savoir raisonner au-delà des limites administratives, notamment à l’échelle du bassin de vie au-delà des seules limites métropolitaines.
La politique du logement est trop éclatée, coûteuse par ce que trop éclatée. Il faut désigner des responsables clairement identifiés. Il y a là une grande réforme territoriale à mener. Il nous manque également un projet désirable et structuré à l’échelle nationale."
Thomas Cazenave
"Je milite pour une loi de programmation pluriannuelle sur 10 ans, car les opérateurs ont besoin de visibilité sur le long terme. Enfin, il faut répondre au nouvel enjeu de l’habitabilité des logements en raison du changement climatique."
Michel Ménard
Cette conversation prolonge la démarche prospective Habiter 2040 | Coconstruire 2027, engagée par la Fédération pour mettre en débat l’avenir du logement social public et sa place dans les transformations économiques, sociales et territoriales à venir.
La séquence, croquée en direct par le dessinateur Urbs, a fait l’objet d’une captation vidéo. Retrouvez prochainement l’intégralité de la conversation sur les réseaux de la Fédération des Offices Publics de l’Habitat.